Mohamed NJEH (1947-2019)

Diplômé de l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Tunis, Mohamed Njeh est spécialiste des arts plastiques, de la tapisserie et de l’art du cuivre, auxquels il s’est adonné par alternance avec les mêmes maîtrises techniques et verve esthétique.

Fin artisan, décorateur et designer, Mohamed Njeh, qui était patron d’une société basée à Denden, à la lisière ouest de Tunis, non loin du siège de l’Office national de l’artisanat (ONA), s’est beaucoup consacré aux différentes branches de l’artisanat tunisien, et notamment le cuivre, dont il était l’un des grands spécialistes. Ses œuvres sont exposées dans plusieurs institutions, publiques et privées, notamment des aéroports dans les pays du Golfe.

En 2002, le défunt avait été récompensé par l’Unesco, en remportant le 1er Prix de l’éducation, la science et la culture, récompensant le meilleur article artisanal en Afrique et dans le Monde arabe.

Mohamed Njah, artiste, plasticien, décorateur et architecte d’intérieur, a l’expérience d’un tapissier mural confirmé et les connaissances d’un expert en la matière. Si beaucoup de Tunisiens n’ont jamais entendu parler de lui, son talent est, aujourd’hui reconnu à l’international et sollicité par des firmes de renommée.

La célèbre maison «Hermès» a fait appel à la touche et au goût raffiné de ce tunisien doué, pour orner des sacs de voyage en motifs originaux, illustrant des Klims (tissages traditionnels tunisiens). «Ces sacs sont vendus à 5.000 euros», a-t-il déclaré, à l’agence TAP, en marge du Salon de la création artisanale.

Aussi, il a été le créateur et désigner de tapis utilisés pour décorer l’Aéroport international d’Arabie Saoudite et d’autres produits artisanaux commandés par des institutions dans plusieurs pays du Golfe, a affirmé Mohamed Njah, visiblement fier et satisfait.

Il s’est dit déterminé à garder sa ferveur pour transférer, au moins, cet amour du métier, aux générations futures et aller de l’avant dans les recherches artisanales et la création de nouvelles tendances.

Ses connaissances dans le domaine des tissages et tapisserie ont poussé l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) à lui commander un rapport sur le tissage dans le gouvernorat de Gafsa qu’il qualifie de «citadelle» et de «terre natale» de la tapisserie murale en Tunisie.

Dès son jeune âge, Njah, originaire de Sfax, âgé aujourd’hui de 67 ans, a entretenu un amour fervent pour tout ce qui est artisanat et artistique.

Après avoir décroché son bac en 1970, il a choisi l’Ecole des Beaux- arts, pour assouvir sa passion et aiguiser son esprit d’artiste. Il a achevé brillamment son cursus universitaire en décrochant son diplôme en 1974.

Il a tenu à laisser son empreinte au sein de cette école où il a, également, enseigné et créé la spécialité de tapisserie murale.

L’artisan a déjà remporté, en 2002, le premier prix de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), qui récompense le meilleur article artisanal pour la région de l’Afrique et du Monde arabe.

La tapisserie murale est ma raison d’être

«La tapisserie murale est ma raison d’être. Je suis resté un étudiant à vie, pourtant j’ai enseigné cet art durant des années», a déclaré avec enthousiasme le sexagénaire, au regard perçant, qui ne cesse de chercher et de participer à des stages en France.

L’homme, connu pour sa dévotion à son métier, a bon espoir de voir l’artisanat tunisien briller à l’étranger sans qu’il ait, lui, l’envie de quitter son pays pour d’autres horizons plus prospères. «J’ai décliné un stage en design-textile en Angleterre pour m’intéresser à l’expertise locale tunisienne, celle du tissage de Gafsa, qui reste à mes yeux le plus riche du monde», a encore affirmé l’artiste.

Il a transmis sa passion à sa famille

Cet amour pour l’artisanat est devenu pour lui une affaire de famille. Car, son épouse a emprunté le même chemin que lui, mais dans une autre spécialité : les arts plastiques. Leurs trois enfants n’ont pas échappé à l’amour de l’artisanat. Ils ont hérité de leurs parents ce penchant vers l’art et ont choisi tous les trois la dinanderie.

«Pourquoi ne pas donner à ce métier tout de ma vie? Il m’a donné tout : aisance matérielle, professionnalisme et notoriété», a-t-il reconnu tout simplement. «J’ai exposé en Tunisie et à l’étranger. Mes œuvres ont orné plusieurs musées tunisiens et j’ai des clients suisses et des pays du Golfe ainsi que des particuliers tunisiens», a encore déclaré l’artiste.

Mais lui, “veut aller, encore, de l’avant, rénover et créer de nouveaux designs adaptés à la modernité et aux goûts des Tunisiens et des étrangers. Pour cela, il ne suffit pas de trouver les idées. Il faut chercher de nouvelles matières premières à tisser…”.

D’après l’artiste, la tendance à présent est aux tissages à base de fibres végétales. «J’ai déjà proposé des maquettes dans ce sens, à la marque Kinzo…», a-t-il annoncé avec fierté.

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