Francis Tondo NGOMA (1955)

Né le 14 Juillet 1955 à Dolisie, troisième ville du Congo-Brazzaville, cet homme discret à l’air timide entre dans l’art par la porte de la musique, avec sa guitare. Il chante à la première heure pour la libération du grand héros africain, Nelson Mandela, qui, par rencontre, est élargi six mois plus tard ; mais le musicien fait long feu. De la guitare au pinceau, le pas est vite franchi. Le jeune Tondo Ngoma est en troisième année de géographie de l’Université de Marien Ngouabi lorsqu’il succombe aux sirènes de la peinture. Étayée par une singulière sensibilité, une prolificité passionnée lui ménage prestement une place sous les feux de la rampe. Lauréat des premières journées de géographies de son Université, il fait son baptême de feu au Centre culturel français de Brazzaville (1990) ; invité aux expositions des francophonies de Limoge (1992), il l’est également de suite, la même année, à Nîmes et à Paris où il participe à maints ateliers. À son retour, il codirige, avec un groupe français, un ensemble d’ateliers à Brazzaville sur le thème du « Dialogue des arts plastiques Congo-France (1995) ». Son talent remarqué l’agrège au nombre des Peintres du fleuve de l’estuaire (Congo, Ex-Zaïre, Gabon et Centrafrique) recensés par le camerounais Nicolas Bisseck, desquels il se signale pour sa jeunesse tant par l’âge que par l’expérience. Transversalement. L’expérience française ne sera pas sans fruit sur cet autodidacte qui, sous l’inspiration du spectacle à Limoges de Un Touareg épouse une pygmée de Werewere Liking, fait bientôt ses armes sur les tréteaux. Le voici créant une troupe artistique, le Théâtre de l’audace (1997) qui représentera sa première pièce théâtrale, Le sourire de la veuve, dont il sera à la fois le metteur en scène, le décorateur et le costumier, avec un panache et un éclectisme de tout émerveillement. Du reste, reconnu pour ses mérites, Tondo Ngoma a désormais ses droits à l’exposition nationale des grands plasticiens du Congo (1998), puis au festival des arts naïfs à d’Abidjan en côte d’ivoire (2000). Mais la violence des mutineries qui battent leur plein au pays de Francis (2000-2002) aura raison de sa fixation à la terre natale. L’alternative de l’exil le mène alors au Cameroun (2002). Aux déchantantes difficultés existentielles succèdera, par degré, une éclaircie à la mesure de l’immense créativité conséquente aux formidables richesses de ce congolais qui ne laissait, à l’acmé même des hostilités, de s’employer à la pacification de son pays par la seule ressource de son pinceau. Une période de maturité esthétique révèle au grand jour ses dons de théoricien en force. De nouveau, la gloire lui déroule le tapis rouge. Le Doual’art, le Méridien et le club hippique exondent ainsi ses créations avec, pour le premier cas, l’opération de sa première expérience artistique, à savoir la peinture publique de deux toiles en une heure. Yaoundé ne sera pas en reste, qui aura à son tour les faveurs de ce « surimpressioniste » (dixit lui-même) au C.C.F pour ne plus s’en passer. De la sorte, s’y réaliseront une première (2003), une deuxième avec performence (2004) et un troisième exposition (2005) en concomitance avec la direction d’un séminaire-atélier articulé autour de « l’initiation à l’utilisation du couteau à peindre » à l’institut Goethe de la capitale camerounaise. S’inscrivant en rupture avec la fatuité, il rivalise d’application et de prouesse avec le temps pour ménager l’horreur du vide et de la nature. Tant de constance et d’inclination lui vaudront d’être lauréat des sixième et huitième semaines culturelles de l’ambassade d’Espagne à Yaoundé (2003,2005). Etats-Unis, Gabon, Afrique du Sud, Espagne, Royaume-Uni, autant d’horizons, par ailleurs, abordés les œuvres de l’artiste. D’une affabilité à l’avenant de sa bonhomie, ce bon vivant à la prestance discrètement raffinée décline ainsi son art : « Ma peinture est la description de mes émotions face aux choses de la vie, de la nature ». Le peintre fait l’économie de tout rationalisme et finalisme pour mieux subordonner à l’inconscience le discours pictural : « Quand je travaille, je ne réfléchis pas, je ne raisonne pas… je ne travaille pas par thème, ma main puise les couleurs sur les palettes et les peint. Main peint les formes et les couleurs ». Telle logique qui ordonne volontiers l’art dans la vocation d’expression et de communication de la joie, la paix, le bonheur : « Les couleurs naturelles disent la lumière, le joie de vivre (…) pour révéler l’optimisme ». Ni réaliste, ni formaliste : « Je ne transpose pas. Je ne reproduis pas la réalité dans mes œuvres, je ne fais pas le réalisme déformé ». Tondo Ngoma revendique pour l’art l’indépendance et souscrit la spontanéité en création, seule à même de vectoriser vertueusement l’évasion et la liberté : « Je trafique la réalité ». Cette esthétique qui tient viatique de l’émotion « choc face à une situation », pour se construire au cœur du rêve avec pour clef la femme sous son rapport le plus soluble au sublime : »La peinture est comme une femme possessive », fait de la perfection chromique le but ultime de m’art. Très casanier, corps et souffle versés dans l’art, il a ce la en commun avec son alter ego dont il supporte largement la comparaison : Feromeo. Qu’en sait-il ? « Je ne sais rien de Feromeo, ce qu’il fait, sa vie, etc. Mais les rencontres avec lui sont toujours chaleureuses, qui dépassent les frontières de l’amitié. C’est un frère ». Un petit jugement sur sa peinture : Feromeo, c’est un grand artiste avec beaucoup d’originalité, même s’il partage ce sentiment à mon endroit ». La notion d’originalité convenant pour « le talent, la créativité de ses œuvres ». Il y aurait là moult raisons à une étroite proximité : « Nous nous fréquentons très peu en raison de nos habitudes comparables de casaniers et de passionnés de travail ». Camerounais de séjour, Citoyen du monde dans l’âme. Au moment où l’histoire résolvait le congolais à laisser derrière lui la terre de ses racines, un immense rêve consolateur le portait déjà sous ses ailes à la confluence du genre humain, sous le credo de RENCART (acronyme de rencontre culturelle et artistique). Ce singulier concept sommatif d’un idéal pictural, il le partage avec Rein Claire Kombo, sa femme, peintre congolaise également, qui lui a donné deux enfants. Aujourd’hui, « Je ne me sens pas étranger au Cameroun [tant]je suis un peintre de Yaoundé », déclare l’auteur de « Un bout de rêve », autant dire un camerounais… Tondo Ngoma réside à Yaoundé, la capitale camerounaise. Puisse l’aventure de cette terre porter ses « fantasmes en bleu » au périple du monde. africultures.com(article 4211)

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Oeuvre d'art
Francis Tondo NGOMA (1955)

La Congolaise

Acrylique sur Toile

40 x 100 cm

1000 TND